Elle niait avoir étranglé son conjoint dans leur lit à La Baule mais cette jeune mère de famille n’a pas convaincu la cour d’assises de Loire-Atlantique de son innocence.
La cour d’assises de la Loire-Atlantique a prononcé jeudi 17 mars 2022 huit ans d’emprisonnement à l’encontre de la jeune femme jugée depuis trois jours pour le « meurtre » de son compagnon, qui avait été retrouvé étranglé dans son lit à La Baule, impasse des Liserons, en février 2015.
Justine X devra aussi se plier à un suivi sociojudiciaire de cinq ans à sa sortie de détention, sans quoi elle risquerait de purger deux nouvelles années d’emprisonnement. Il comprendra une injonction de soins en lien avec ses troubles psychiques, une obligation d’indemniser les parties civiles et de fixer sa résidence dans un lieu déterminé.
« Schizophrénie paranoïde »
Sur le plan civil, l’accusée devra verser des dommages et intérêts au père et au frère de la victime, un homme qu’elle avait rencontré en hôpital psychiatrique et avec qui elle vivait depuis plusieurs années. Leur montant sera arrêté lors d’une audience ultérieure prévue le 24 mars. Les deux hommes ont d’ores et déjà évalué leurs divers préjudices à 47 000 €.
L’avocat général avait requis pour sa part dix ans de réclusion criminelle, une peine qui tenait compte de « l’altération du discernement » de cette femme atteinte de « schizophrénie paranoïde » au moment de la mort de son compagnon. Ayant déjà fait l’objet d’une quinzaine d’hospitalisations sous contrainte, elle s’adonnait aussi à des « alcoolisations très importantes ».
Elle était « la dominante » et lui « le soumis », selon des proches
Le 24 février 2015, vers 21 h, Justine X avait elle-même prévenu le Samu et SOS Médecins : alors que le couple avait passé la journée à prendre des médicaments, dormir et regarder la télévision, la jeune femme de 30 ans avait réalisé à son réveil que son conjoint de 38 ans était « froid » et « ne respirait plus ». Mais un « trou noir » l’empêchait d’avoir plus de souvenirs.
Lors du procès, l’avocate des deux frères de la victime s’était offusquée que l’accusée ait tenté par la suite de « renverser les rôles » en « mettant en avant son statut de personne malade » et en présentant cet ancien héroïnomane comme un « horrible personnage » qui se serait montré violent à son égard et qui lui aurait fait « l’amour dans les fesses » contre son gré.
« Un nounours très gentil »
Cette « histoire variable et adaptative » était apparue quand « le spectre de la prison » s’était fait plus menaçant à son égard.
La victime est décrite « comme un nounours très gentil qui ne ferait pas de mal à une mouche », avait ajouté l’avocate. En revanche, l’accusée est présentée « comme la dominante et lui le soumis… Il la conduisait partout où elle voulait. »
Cette mère de deux filles aurait ainsi demandé à son compagnon de « quitter l’appartement » qu’elle occupait impasse des Liserons « pour avoir des relations physiques et intimes avec d’autres hommes », avait abondé l’avocat général dans son réquisitoire. Celles-ci avaient lieu « parfois en sa présence », alors qu’il se trouvait dans la pièce d’à-côté.
« Elle est vite passée à autre chose »
Le magistrat du parquet avait aussi admis que la victime « n’a pas été tout le temps parfait » : il avait déjà été condamné pour des violences conjugales sur une ex-compagne, dont il avait cassé la mâchoire avec un tabouret, en 2011. Mais Justine X n’a « jamais » fait état de violences à son égard lors de sa garde à vue alors qu’elle a été « entendue trois fois ».
L’avocat général pense en fait que l’accusée a « voulu se débarrasser » de la victime, au vu de son attitude suspecte après le décès. « Elle ne pleure pas, elle ne se rend pas aux obsèques, elle refuse de le voir en photo… », avait-il relevé.
« Selon une amie, elle est vite passée à autre chose : elle parlait de la mort de son compagnon comme de la mort de son poisson rouge. »
Le représentant du parquet avait aussi fustigé les « stratégies d’évitement » de l’accusée, qui était « bien loin d’être quelqu’un de complètement léthargique » au début de la procédure, comme elle se présente aujourd’hui devant la cour d’assises.
Me Brett Le Meur, l’un des deux avocats de l’accusée, avait lui tenté d’instiller le « doute » dans l’esprit des jurés sur la culpabilité de sa cliente au vu de l’enquête « extrêmement lacunaire » des policiers.
Une assurance-vie d’un million d’euros avait été souscrite
Plusieurs hypothèses n’ont « jamais » été vérifiées, selon lui, comme celle d’un meurtre de l’ancien héroïnomane par un « créancier » pendant que lui et sa compagne dormaient sous le coup de leurs alcoolisations et prises médicamenteuses. Or, « des éléments » prouvent que la victime avait « des dettes d’argent » et qu’il « se cachait un peu », selon l’un de ses frères.
Me Brett Le Meur s’était également interrogé sur l’hypothèse d’un meurtre crapuleux : une assurance-vie d’un montant « énorme » de 1 million d’euros avait été souscrite peu avant sa mort. Or, il avait eu un enfant avec une autre femme par le passé. « La mère avait-elle connaissance de cette assurance ? Cette hypothèse n’a pas été examinée », a-t-il regretté.
Emprisonnée à l’issue du verdict
Me Quentin Chabert, le second avocat de l’accusée, avait pour sa part tenté de plaider en vain l’acquittement de cette mère « pas idéale » au vu de la « camisole chimique » dans laquelle cette femme « psychotique » était enfermée. Son « discernement » était bel et bien « aboli », de son point de vue. Mais la cour a estimé qu’il n’était que simplement « altéré ».
Cette femme, originaire de Pornichet, comparaissait libre à son procès : elle avait été remise en liberté après avoir purgé un an et demi de détention provisoire. Un mandat de dépôt à effet immédiat a donc été décerné à son encontre à l’issue des trois jours de procès.